Tout a donc débuté avec ma première exposition dans l’ancien couvent des Récollets, à Paris. Parmi ces photos, certaines ont connu une seconde vie pendant l'été 2015 en Chine, au Nouveau Musée d’Art Contemporain de Chengdu. C’est le cas d’Imène remettant sa chaussure... Et de Marie-Anne avec son ombrelle sous les Fontaines du Trocadéro. Deux photos qui m'ont servi de base pour prolonger cette exploration de la Féminité. L’idée était donc cette fois d’être plus iconique, quitte à ce que les modèles deviennent anonymes et n’existent qu’à travers une part d’elle même. J’ai commencé à explorer cette vision en début d’année au Fort de Comboire près de Grenoble. C’était avec Ellya, en total contre-jour et en plein courant d’air parmi les vieilles pierres, les toiles d’araignées et les jeux de lumière colorés. Autre atmosphère, autre lieu. Le Sud de la France cet été avec Margaux, prise ici alors qu’elle m’attendait en contemplant les nuages sur les bottes de paille dont les rondeurs généreuses mettent en valeur par contraste la finesse de ses formes. Toujours dans la recherche du contraste, voici un classique du genre : le Glam-Trash. Avec Mathilde, très apprêtée, de sa robe transparente jusqu’à ses talons, accompagnant les formes de cet escalier dévasté par les années et les éléments. Incontournable, le contraste très ludique entre la couleur et le Noir et Blanc. Entre l’eau et l’air. Entre le poisson rouge, qui l’est vraiment, et Anastasia qui ne l’est pas. Entre la présence de l’animal et l’absence de la lectrice, absorbée par son ouvrage. Désincarnons le modèle, mais conservons la Féminité. Avec les jambes de Margaux tentant de s’installer sur le tronc d’arbre pour une photo que je n’ai finalement pas prise, sous l’œil curieux de son jeune chat très intrigué par notre shooting. Plus proche encore, les talons de Nathalie sur le tournage de 'Carma', un court métrage d’Olivier Philippe qui met en scène une héroïne maîtrisant tous les codes de sa Féminité exacerbée, au point d’en faire une arme redoutable. Presque intime, le tatouage de Mathilde, qui 'garde la tête haute' en guidant notre regard sur sa nuque, avant qu’il ne glisse sur le creux de ses reins ou sur sa poitrine habilement dissimulée, rendant plus difficile le retour des yeux vers le tatouage. Les lèvres de Morgane seront également votre point d’entrée, avant de deviner  'out of focus' le reste de sa silhouette, puis ses mains sur le piano. Vous reviendrez inexorablement sur sa bouche, nette, colorée, et surtout formidablement dessinée. Allons plus loin, et ne gardons que l’essentiel, Le regard, car c’est bien ce dont il s’agit ici. L’œil droit de Stéphia nous scrute, sans doute pour guetter notre réaction face à ce contre-jour suggestif, qui ne montre rien mais invite à l’imagination. Dans un contre-jour moins tranché, les formes de Mélodie se dessinent généreusement. Le grain de sa peau qui frissonne dans le courant d’air rend, à mon sens, cette photo plus sensuelle encore que la précédente. Morgane à nouveau, toujours anonyme, dissimulée sous son ombrelle pour se protéger du soleil estival, et de l’œil de mon objectif. Là encore vous n’apercevez que sa bouche, mais le reste viendra dans quelques photos. Après avoir caché, montrons, avec les écrans maintes fois utilisés par d’autres avant moi. Celui-ci magnifie la bouche d’Anastasia, saturant les couleurs et redessinant ses formes, offrant une sensualité et une dose de pop art, à un simple portrait. Autres époques, autres univers empreints de féminité. J’ai remonté le temps avec Stéphanie, projetée dans l’entre-deux guerres en pin-up maquillée à l’eyeliner, abreuvée de coca-cola et du jazz manouche de Django Reinhardt, l’un étant nettement moins nocif pour la santé que l’autre. Y avait-il une vie avant les Selfies ? La pellicule était onéreuse, les boîtiers volumineux, et il fallait patienter le temps du développement. Dernier détail, cela s’appelait un auto-portrait. Et cette photo vous permet enfin de découvrir Morgane. Une vieille Peugeot abandonnée sur une route de campagne, quelques toiles d’araignées, un pare-brise émietté, et Margaux, lisant et fumant dans cet écrin sordide de prime abord mais qui, en noir et blanc, vient créer l’anachronisme désiré. Plus loin dans le temps, l’immense banquette plus que centenaire du château du comte Branicki à Montrésor, accueillant Morgane, faussement alanguie dans ce noir et blanc, dur et très contrasté qui semble issu de la nuit des temps. Totalement seventies, la silhouette en contre-jour de Sabrina, s’offrant un café et une cigarette dans une attitude ultra-sophistiquée, entourée de couleurs froides comme le montraient les pubs des magazines de mon enfance. Sabrina encore, presque anonyme malgré l’éclairage qui pourtant lui fait face ; Entourée de lignes qui se croisent à angle droit, et de rondeurs dans le cuir des accoudoirs et les boules de billard, qui viennent mettre ses formes en résonnance. D’autres lignes, aussi froides que parallèles, trouvées dans la pénombre d’un des escaliers du château de Comboire. Des droites, répétitives et dures que seules viennent briser les jambes d’Ellya, qui semble ici vouloir nous échapper. Il est temps de clore la série, avec un clin d’œil aux influences, aux photos qui ont marqué leur temps, comme le « Kissing Sailor » de son nom original «  V-Day and the kiss » qu’Anastasia utilise ici pour se cacher, se faire oublier, mais qui pourrait ? Enfin, une ultime silhouette, issue d’une recherche pour l’affiche de l’exposition. Des vieilles pierres, des métaux anguleux et des bois marqués par le temps, tout l’opposé des lignes de Morgane, fines, gracieuses, toutes en courbes et en cambrure. Dernières explorations, avec cette référence à Jill Bioskop, sublime créature créée par Enki Bilal dans 'la femme piège', reconnaissable à ses yeux, cheveux, et ongles bleus, incarnée ici par Stéphanie dans le décor surexposé de l’hôtel Odyssey. Encore du bleu, un miroir également, et cette photo qui fut la première réalisée en vue de cette expo, lors d’un test-shooting plus que convaincant avec Morgane. C’est après l’avoir développée que j’ai dit Oui à ParisArtistes pour monter cette exposition. Du bleu aussi, en guise de cadre, et en contraste avec le rouge des lèvres d’Anastasia, qui, en plus de ses formes, m’a permis à cet instant de photographier cette intention rare et tellement féminine qu’on appelle l’abandon. Du bleu enfin, avec cette dernière photo, issue d’un shooting maintes fois reporté dans les fontaines du Trocadéro. Il fallait un ciel bleu, des jets d’eau en état de marche, et le courage de Stéphanie pour réaliser cette photo, sœur jumelle de celle qui est devenue l’affiche de W3-F2.