Abordons le sujet par quelques silhouettes, de simples contours qui se détachent du décor aidés par quelques effets photographiques ; en noir sur du blanc surexposé pour les formes de Luna… Ou à l’inverse, en blanc sur le fond noir d’un studio photo pour les lignes de Margaux, dont on ne sait sur quoi elle repose sans pour autant que cela ne dérange, tant sa pose reste harmonieuse. Silhouettes encore, avec Stéphanie au prestigieux Daylight du Little Grand Studio près de Paris, se détache contemplative et lointaine dans le reflet des nuages… Alors que Stéphanie, presque anonyme, sculpte ses formes avec les plis de sa robe et joue avec la lumière qui perce à travers les arbres. Dans un graphisme plus géométrique et plus dur, Juliette donne un peu de finesse et d’arrondi aux formes angulaires de son entourage, et en épouse au passage les couleurs dans une ambiance fifties. En noir et blanc à nouveau, Luna se détache du décor sculpté par la lumière entre les arcades du magnifique Pont de Bercy, alors que le vent a eu la bonne idée de soulever légèrement sa robe au moment le plus opportun. Merci, le vent ! Mathilde nettoyant délicatement son talon dans cet appartement décati en est un très bon exemple… Et Margaux pousse le curseur plus loin en tentant vainement de cacher ses formes dans un lieu où on ne s’attend pas à trouver une femme si peu vêtue, mais qui s’en plaindra ? Déshabiller sans le montrer, c’est mon parti pris, un choix esthétique qui laisse libre court à l’imagination. Mathilde encore une fois, dans cette perspective inhabituelle mais très graphique… Puis Pauline Joan presque anonyme dans ce drapé au pied de son lit. Stéphanie, à peine vêtue de ses longs cheveux bruns, et pudiquement cachée derrière ses lunettes noires dans cette photo qui va du noir au blanc… Ou Pauline qui termine ici l’exercice de style en ne portant rien, qu’un peu de parfum. Les reflets, les miroirs, et l’imagination. Le reflet de Stéphanie Dussine dans le carrelage lustré d’un palace parisien aiguise la curiosité quant à la réalité de sa silhouette… Tout comme le miroir de cette salle de bain dont on aurait souhaité qu’il nous en montre plus, fût-ce à l’insu de Mathilde. Un filet de lumière peut également guider notre regard, et orienter notre imaginaire. De la volute de fumée à la bouche de Peggy, ce rayon de soleil crée une proximité proche de l’intimité, renforcée par la faible profondeur de champ du cliché, où seules les lèvres ressortent nettes. Plus suggestif encore, sur les formes de Patricia, cet innocent trait de lumière apporte une dimension sensuelle qu’on ne soupçonnerait pas sans sa présence. Enfin, le dos de Mathilde, émergeant dans la pénombre d’un lieu qui semble aussi abandonné que mystérieux, attire le regard plus qu’il ne devrait. Avec Imène, remettant sa chaussure dans un léger contre-jour dans ce cliché qui fût selon les visiteurs de l’expo, le plus emblématique de la série… Avec Stéphanie toute ébaubie devant ces quelques talons hauts que ses jambes semblent déjà vouloir chausser… Avec Pauline mettant sa chaussure dans la semi-pénombre d’un couloir. D’où vient-elle, où va-t’elle, à nous de l’imaginer, ou même de le fantasmer. Hugh Hefner aussi aimait les femmes. En 1953 il créa le magazine Playboy devenu une référence mondiale de la pop culture, notamment grâce aux Bunny Girls. Revisitant les icones, c’est avec M.A. que j’ai mis en image ma première Bunny, abandonnée et sagement sexy sur son Chesterfield. Aussi incongrue qu’incontournable, la laverie et sa femme nue. Très prisé dans les années 80, ce cliché a parfois été galvaudé depuis. Avec Stéphanie, quelques reflets et un clin d’œil à mon adolescence, j’ai voulu le refaire exister. La séance photo se termina tard, et dans une douce euphorie, en témoigne ce second cliché dont je ne pouvais pas vous priver ! Avec le Disco puis le Funk venu des USA, les pochettes de disques se sont glamourisées. Les photos des albums exposaient alors des créatures noires et sexy, magnifiées par les couleurs du Kodachrome, à l’image de celles de Peggy dans ce bain moussant, définitivement 80’s. Les couleurs et les reflets dans l’eau sont un très bel écrin pour la féminité. C’est à contre-jour dans les fontaines de Trocadéro que j’ai réalisées ces deux photos avec M.A., en seulement 8 minutes, soit le temps d’action des jets d’eau au début de chaque heure. Voici la première… …et la seconde, prises à quelques minutes d’intervalle mais dans une lumière plus à contre jour qui change toute l’intensité de la photo. Autre look, autre lieu, autre atmosphère. Avec Imène dans l’ancienne boîte de nuit « La Main Jaune », juste avant sa fermeture définitive pour destruction au printemps 2013. Ambiance fin de soirée recréée dans ce haut lieu de la vie nocturne parisienne où Gainsbourg rencontra Bambou. Difficile d’imaginer, pour ceux qui n’ont pas connu cette révolution, ce que fut l’arrivée de la VHS, et avec elle, la déferlante du cinéma gore dont je me suis nourri jusqu’à frôler l’indigestion. C’est encore M.A. qui incarne ici ce qu’il me reste en mémoire des affiches de ces teenage movies. Plus tôt, dans les 70’s, le cinéma afro américain s’était émancipé en créant la Blaxploitation. Un cinéma fait par et pour les noirs, avec parmi ses vedettes, Pam Grier. Une actrice aux courbes aussi pulpeuses qu’exhibées. Voici résumé en un cliché, l’image iconique que je garde d’elle, incarnée ici par Peggy. Prenez une Mercedes aux cuirs rouges et aux pneus à flancs blancs digne d’un film d’Alfred Hitchcock, deux filles délurées se prenant pour Thelma et Louise, un soleil aussi implacable qu’éblouissant, et vous obtenez… cette photo. Une dernière silhouette en contre-jour, qui fût un temps pressentie pour servir d’affiche à l’exposition. Dans les deux cas, il s’agit de Luna, qui accepta d’être mon premier modèle à l’époque où aucune femme ne me disait Oui… lorsque je leur proposais de les photographier ! Terminons avec la galerie de portraits, et ces visages sculptés par la lumière, autant d’incarnations de cette féminité que j’aime photographier ; avec par ordre d’apparition, Margaux... Stéphanie A. Imène Anouck Stéphanie D. Tiphaine Cristina Juliette et Coumba. Et maintenant, place à  W3-F2.